Animalbum
Sterne arctique, illustration

❄️ Pôles et banquise

Sterne arctique

La voyageuse des deux pôles · Sterna paradisaea

Chaque année, la sterne arctique quitte l'Arctique, où elle niche, pour aller pêcher au bord des glaces de l'Antarctique, avant de revenir : pour des sternes du Groenland et d'Islande, cela fait en moyenne près de 71 000 km par an ! Ce petit oiseau d'environ 100 g vit ainsi deux étés par an, et c'est l'animal qui profite le plus de la lumière du jour sur la planète.

Fiche express

Taille

33 à 38 cm

de long ; 76 à 85 cm d'envergure

Poids

Environ 100 g

un poids plume pour une si grande voyageuse

Habitat

Côtes et îles

de l'Arctique ; l'été austral, au bord des glaces de l'Antarctique

Menu

Petits poissons

et petits crustacés, comme le krill

Migration

Près de 71 000 km

par an en moyenne, pour des sternes du Groenland et d'Islande

Statut

Préoccupation mineure

évaluée en 2018

Où vit-elle ?

D'un pôle à l'autre

La sterne arctique niche tout autour du pôle Nord, dans les régions arctiques et subarctiques d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord. Vers le sud, elle descend jusqu'en Bretagne, en France, et jusqu'au Massachusetts, aux États-Unis ; en Amérique du Nord, elle niche aussi loin vers le nord qu'elle trouve de l'eau libre. Elle installe ses colonies sur les côtes et les îles, et parfois à l'intérieur des terres, dans la toundra, près de l'eau.

En Europe, on estimait sa population à 500 000 à 900 000 couples, dont environ 65 % au Groenland et en Islande. En France, à la limite sud de son aire, elle est devenue rarissime : dans les années 1950, 20 à 60 couples nichaient en Bretagne, mais selon les Cahiers d'habitat du Muséum national d'Histoire naturelle, aucune reproduction réussie n'y avait plus été observée depuis 1969.

Après la saison des nids, elle file vers le sud et passe l'été austral, c'est-à-dire l'été de l'hémisphère Sud, en mer, jusqu'au bord des glaces de l'Antarctique. Presque toutes les sternes arctiques qui nichent en Europe passent ainsi l'hiver près de la banquise antarctique, au sud de l'Afrique et de l'océan Indien ; certaines vont jusqu'à la mer de Weddell.

Que mange-t-elle ?

Une pêcheuse en piqué

La sterne arctique se nourrit surtout de petits poissons et de petits crustacés. Les poissons forment l'essentiel de son menu : jeunes harengs et jeunes morues, lançons, de petits poissons allongés, et capelans. Elle attrape aussi de petits crustacés appelés amphipodes, des crabes et du krill. En été, sur ses lieux de nidification, elle mange aussi beaucoup d'insectes.

Pour pêcher, elle vole lentement face au vent, s'arrête un bref instant en vol sur place, puis plonge en piqué pour saisir sa proie juste sous la surface. Elle peut aussi cueillir sa proie à la surface, sans plonger. Pas toujours honnête, elle vole parfois le poisson d'autres oiseaux, en fondant sur eux pour leur faire lâcher leur prise ! Les jeunes, eux, doivent apprendre la technique du plongeon, difficile à maîtriser.

Dans l'Antarctique, pendant l'été austral, elle profite des eaux riches de l'océan Austral pour se régaler de krill. Elle y pêche parfois autour du petit rorqual de l'Antarctique, une espèce de baleine.

Protection

Une championne à surveiller

L'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, qui tient la liste rouge des espèces menacées) classe la sterne arctique en « préoccupation mineure » depuis sa dernière évaluation, réalisée en 2018 par BirdLife International, l'organisation chargée d'évaluer les oiseaux pour la liste rouge. Avec plus de deux millions d'individus répartis tout autour du pôle Nord, elle n'est pas menacée à l'échelle du monde, et la plus grande partie de son immense aire se trouve loin des activités humaines.

Par endroits, pourtant, elle recule. À la fin du XIXe siècle, en Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis, elle a été chassée pour orner les chapeaux de ses plumes. Dans l'ouest du Groenland, où elle est encore exploitée, sa population a fortement diminué depuis 1950. En Islande, elle a été classée « vulnérable » sur la liste rouge du pays en 2018, après l'effondrement des stocks de lançons, de petits poissons dont elle se nourrit. Au Royaume-Uni, elle figure sur la liste rouge des oiseaux les plus préoccupants. Et au sud de son aire, sur la côte atlantique de l'Amérique du Nord, elle décline : dans le Massachusetts, on ne compte plus que 0 ou 1 couple nicheur par an depuis 2011.

Ses menaces : le manque de nourriture, en particulier au sud de son aire, que le réchauffement de l'océan pourrait aggraver en déplaçant ses proies ; les prédateurs qui pillent les nids, comme les goélands, les rats, les renards ou le vison d'Amérique, une espèce introduite en Europe ; le dérangement par les humains ; la montée de la mer et les tempêtes, qui menacent les sites où elle niche ; les déchets de plastique ; et peut-être, à l'avenir, des maladies comme la grippe aviaire.

La bonne nouvelle

Dans le golfe du Maine, aux États-Unis, les sternes sont revenues ! Sur l'île d'Eastern Egg Rock, d'où les chasseurs les avaient fait disparaître dès 1936, des biologistes les ont attirées grâce à des leurres en forme de sternes et à des enregistrements de cris de colonie, tout en tenant les goélands à distance : elles y nichent de nouveau depuis 1980, et l'île accueille près de 1 400 couples de sternes pierregarins, arctiques et de Dougall, selon le laboratoire d'ornithologie de l'université Cornell. Le service américain de la pêche et de la faune sauvage a fait de même dès 1984 sur les îles Seal et Petit Manan, qui abritent désormais de grandes colonies de sternes pierregarins et arctiques.

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