
🌊 Océans
Le géant brouteur des Caraïbes · Scarus guacamaia
Jusqu'à 1,2 m de long et 20 kg : le poisson-perroquet arc-en-ciel est le plus grand poisson-perroquet de tout l'Atlantique. Ce brouteur au bec vert passe ses journées à racler les algues des récifs, s'aide du soleil pour retrouver sa grotte… et dépend des mangroves pour grandir !
Taille
Jusqu'à 1,2 m
le plus souvent autour de 70 cm
Poids
Jusqu'à 20 kg
pour les plus gros adultes
Habitat
Récifs et mangroves
dans l'ouest de l'Atlantique tropical, des Bermudes au Venezuela
Menu
Algues
gazons d'algues et algues calcaires, raclés sur les fonds durs
Boussole
Le soleil
il s'en aide pour retrouver sa grotte
Statut
Quasi menacé
évalué en 2012
Le poisson-perroquet arc-en-ciel vit dans l'ouest de l'océan Atlantique tropical : des Bermudes et du sud de la Floride aux Bahamas, puis dans toute la mer des Caraïbes, jusqu'aux côtes du Venezuela. Dans le golfe du Mexique, on le trouve au large du sud-ouest de la Floride, aux îles Dry Tortugas et jusqu'à Veracruz, au Mexique, mais pas dans le nord du golfe. Plus au sud, le long des côtes du Brésil, il n'a été signalé que de façon occasionnelle.
Adulte, il fréquente surtout les récifs coralliens peu profonds, en général entre 3 et 25 m de profondeur, mais aussi les herbiers, ces prairies sous-marines, et les mangroves. Les mangroves sont des forêts d'arbres qui poussent les pieds dans l'eau salée, au bord des côtes tropicales : sous l'eau, leurs racines forment un abri plein de recoins.
Et ce géant a besoin des mangroves pour grandir ! En 2004, une équipe de chercheurs menée par le biologiste Peter Mumby a publié dans la revue Nature une grande étude sur les poissons des récifs du Belize et du Mexique. Résultat : les jeunes poissons-perroquets arc-en-ciel n'ont été trouvés que dans les mangroves, et les adultes étaient nettement plus nombreux sur les récifs situés près des mangroves. Pour les chercheurs, l'espèce dépend des mangroves, qui lui servent de « nurserie » : un lieu où les jeunes grandissent à l'abri, avant de rejoindre le récif.
Le poisson-perroquet arc-en-ciel se nourrit surtout des algues qui poussent sur les fonds durs. Dans les Keys, en Floride, des chercheurs ont noté où mordaient les poissons-perroquets ; leurs résultats ont été publiés en 2018. Les grandes espèces du genre Scarus, dont la sienne, préféraient brouter les « gazons » d'algues rases et les algues calcaires, et évitaient les éponges et les coraux vivants. Avec les algues, il avale au passage les débris et les micro-organismes qui s'y accumulent.
Pour manger, il racle la surface des rochers et des coraux morts avec son bec. Les spécialistes le rangent d'ailleurs parmi les poissons-perroquets « racleurs » : ses coups de bec ne laissent que des marques superficielles sur la roche. Le calcaire avalé avec les algues est broyé dans sa gorge, puis ressort… sous forme de sable fin ! C'est ainsi que les poissons-perroquets participent à la fabrication du sable des plages tropicales, comme celles des Bermudes.
Ce travail de jardinier est précieux pour le récif. En broutant les algues, les poissons-perroquets les empêchent d'envahir le récif, et laissent de la place aux jeunes coraux pour s'installer. Avec moins de brouteurs, un récif peut moins bien résister à l'invasion des algues. Et un poisson-perroquet arc-en-ciel, ça compte : selon les calculs de l'équipe de Peter Mumby, la perte d'un seul adulte ferait baisser de 10 % la biomasse de tous les poissons-perroquets de son territoire, c'est-à-dire leur poids total.
L'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, qui tient la liste rouge des espèces menacées) classe le poisson-perroquet arc-en-ciel « quasi menacé » depuis sa dernière évaluation, réalisée en 2012. En 2004, quand l'équipe de Peter Mumby publiait son étude, il était même classé « vulnérable ». Selon l'UICN, il a été trop pêché par le passé ; ses effectifs se sont stabilisés, mais ils restent faibles, et il continue de décliner à cause de la destruction de son habitat et de la surpêche. Il est assez rare dans la plus grande partie de son aire de répartition.
Son histoire au Belize montre à quel point il a besoin des mangroves. Sur Glovers Reef, un récif du Belize, des bancs de poissons-perroquets arc-en-ciel étaient couramment observés dans les années 1960, quand plusieurs îles avaient encore de belles mangroves. Mais toutes les mangroves de ces îles ont été rasées à la fin des années 1960 et au début des années 1970, puis l'espèce y a été très pêchée au milieu et à la fin des années 1970. Elle a fini par disparaître de Glovers Reef. Pour l'équipe de Peter Mumby, la cause la plus probable est la destruction de sa nurserie.
Aujourd'hui encore, l'aménagement des côtes détruit les mangroves dont ses jeunes ont besoin. Et comme les autres grands poissons-perroquets, il est très exposé à la pêche, en particulier aux nasses et à la chasse sous-marine au fusil-harpon ; dans une grande partie des Caraïbes, il est pêché pour être mangé sur place. Au Brésil, des chercheurs ont même signalé en 2005 la disparition d'une population de poissons-perroquets très proches de lui, surtout à cause de la chasse sous-marine ; on ne sait pas avec certitude s'il s'agissait de la même espèce.
Plusieurs pays et territoires le protègent. Aux Bermudes, tous les poissons-perroquets sont protégés depuis 1993 : il est interdit de les pêcher. Au Belize, une loi de 2009 interdit de capturer les poissons-perroquets et les poissons-chirurgiens, d'autres brouteurs d'algues. En Guadeloupe et à Saint-Martin, sa capture est interdite aux pêcheurs de loisir depuis 2019.
Protéger les poissons-perroquets, ça marche ! Aux Bermudes, après l'interdiction des nasses en 1990, puis la protection de tous les poissons-perroquets en 1993, des scientifiques ont suivi trois récifs de 1991 à 1999 : la biomasse des poissons-perroquets, c'est-à-dire leur poids total, y a été multipliée par 3,7. Ces relevés portaient sur d'autres espèces de poissons-perroquets, mais selon l'UICN, le poisson-perroquet arc-en-ciel est justement plus commun aux Bermudes que dans la plupart des autres régions où il vit.
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