
🌴 Forêts et jungles
Le poids plume des singes · Cebuella pygmaea
Environ 100 g et pas plus gros qu'une pomme : le ouistiti pygmée est le plus petit singe du monde ! Ce lutin de l'Amazonie creuse l'écorce des arbres pour en lécher la gomme, peut tourner la tête de 180°… et certains de ses cris sont si aigus qu'ils échappent en partie à nos oreilles.
Taille
Environ 13 cm
sans la queue, qui mesure environ 20 cm
Poids
Environ 100 g
de 85 à 140 g selon les individus
Habitat
Forêts d'Amazonie
surtout au bord des rivières ; Colombie, Équateur, Pérou, Brésil
Menu
Gomme des arbres
mais aussi insectes, nectar et fruits
Tête
Pivote à 180°
de quoi regarder droit derrière lui
Statut
Vulnérable
classé ainsi depuis 2021
Le ouistiti pygmée vit dans l'ouest du bassin de l'Amazone, en Amérique du Sud. Pendant longtemps, les scientifiques n'y ont vu qu'une seule espèce, divisée en deux sous-espèces, c'est-à-dire deux formes un peu différentes d'une même espèce. Mais en 2018, une équipe menée par Jean Boubli, de l'université de Salford, au Royaume-Uni, a analysé l'ADN de ouistitis pygmées de l'Amazonie brésilienne : elle a découvert deux lignées bien distinctes, qui évoluent chacune de leur côté depuis 2 à 3 millions d'années. En 2021, une autre étude, menée sur des ouistitis du Pérou et de l'Équateur, a confirmé ces deux lignées grâce à l'ADN et à la forme du crâne. Ses auteurs ont conclu que les deux sous-espèces devaient devenir deux espèces à part entière.
Voici donc le ouistiti pygmée de l'Ouest, Cebuella pygmaea, qu'on appelle aussi ouistiti pygmée du Nord. Il vit au nord de l'Amazone, appelée Solimões dans cette partie du Brésil, et au nord du Marañón, au Pérou : dans le sud de la Colombie, en Amazonie équatorienne, dans le nord du Pérou et dans l'ouest de l'Amazonie brésilienne, jusqu'au bassin du rio Japurá. Au sud de ces fleuves vit son cousin, le ouistiti pygmée de l'Est, ou du Sud, Cebuella niveiventris, au Brésil, au Pérou et en Bolivie. La frontière n'est pourtant pas parfaite : en 2021, des analyses d'ADN ont confirmé la présence du ouistiti de l'Est en Équateur, à des centaines de kilomètres au nord du Marañón.
Pour les distinguer, mieux vaut un laboratoire que des jumelles ! Le ouistiti de l'Est a souvent le ventre plus blanc, alors que celui de l'Ouest l'a plutôt jaunâtre ou fauve. Mais la couleur du pelage varie trop d'un individu à l'autre pour être fiable : c'est l'ADN et, sur le crâne, deux mesures de l'os de la pommette qui permettent de savoir à quelle lignée appartient un ouistiti.
Le ouistiti pygmée habite la forêt tropicale humide. Il est particulièrement nombreux dans les forêts qui bordent les rivières, où l'on peut en compter plus de 200 au kilomètre carré. Il vit surtout dans les étages bas et moyens de la forêt, rarement à plus de 20 m de haut. Dans les régions plus élevées, on le trouve surtout le long de petits cours d'eau forestiers qui ne coulent qu'une partie de l'année.
Le ouistiti pygmée se nourrit surtout des exsudats des arbres, ces liquides qui suintent de l'écorce : gomme, sève, résine… Selon la fiche du centre national de recherche sur les primates du Wisconsin, aux États-Unis, il consacre 60 à 80 % de son temps de repas à ces exsudats, et seulement 12 à 16 % aux insectes.
Pour se servir, il creuse avec ses incisives des trous dans l'écorce des arbres et des lianes. Presque parfaitement ronds, ils mesurent de 1 à 2 cm de large et de 4 à 18 mm de profondeur. Il n'a plus qu'à attendre que le liquide s'y accumule, puis à le lécher. Et comme ses trous continuent de couler, il revient sans cesse aux mêmes arbres ! Ses repas de gomme se concentrent le matin, entre 6 et 9 heures, puis en fin d'après-midi, entre 15 et 18 heures : au réveil, il peut passer 30 à 90 minutes à lécher la gomme qui a coulé pendant la nuit. Une famille exploite en général un ou deux arbres à la fois, et ne passe à d'autres que lorsqu'ils sont épuisés. Elle peut creuser plus d'une centaine de trous dans un seul arbre, et même jusqu'à 1 300, selon le magazine Smithsonian.
Les insectes complètent son menu, surtout les sauterelles et les criquets, mais aussi les papillons, les coléoptères, les fourmis ou les araignées, qu'il chasse en général entre 5 et 15 m de haut. Il mange aussi du nectar, des fruits et des fleurs, et parfois de petits lézards.
L'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, qui tient la liste rouge des espèces menacées) classe le ouistiti pygmée de l'Ouest, Cebuella pygmaea, « vulnérable » depuis son évaluation publiée en 2021 par Stella de la Torre et ses collègues : ses effectifs auraient baissé de plus de 30 % depuis 2009. Le ouistiti pygmée de l'Est est, lui aussi, classé « vulnérable » depuis 2021. Le changement est de taille : en 2018, quand on n'en comptait encore qu'une seule espèce, l'UICN la classait en « préoccupation mineure », même si ses spécialistes des primates recommandaient déjà de la classer « vulnérable », à cause d'épidémies récentes. Et la séparation compte aussi : en coupant une espèce en deux, on divise en gros ses effectifs par deux.
Ses menaces : la déforestation de l'Amazonie, pour l'agriculture, les mines, le pétrole ou les plantations de palmiers à huile, et l'extension des villages. Le ouistiti pygmée est aussi capturé pour être vendu comme animal de compagnie, en particulier en Équateur et au Pérou. Il est pourtant interdit d'exporter des ouistitis pygmées hors d'Amérique du Sud, et ils meurent souvent en captivité. Le tourisme pèse aussi : selon une étude, les groupes très exposés aux écotouristes occupaient un domaine plus grand, se tenaient plus haut dans les arbres, jouaient moins et se montraient moins bruyants. Et dans les zones touristiques, les captures sont plus nombreuses.
Une autre menace, plus mystérieuse, inquiète les chercheurs : les maladies. Stella de la Torre, qui étudie les ouistitis pygmées en Équateur depuis 1994, les avait déjà vus disparaître brutalement de 13 de ses 15 zones d'étude en 2018. En 2017, trois de ses groupes se sont volatilisés, et sur sept groupes suivis en 2012, elle n'en a retrouvé qu'un seul au même endroit dix ans plus tard. Elle soupçonne une épidémie, peut-être de fièvre jaune, une maladie connue pour tuer ces petits singes. En Équateur, le ouistiti pygmée figure d'ailleurs sur la liste rouge nationale des espèces menacées.
Chez les Secoyas, un peuple autochtone de l'Amazonie équatorienne, il était autrefois courant de garder des ouistitis pygmées comme animaux de compagnie, alors qu'ils meurent souvent en captivité. Selon le magazine Smithsonian, la communauté a récemment renoncé à cette pratique.
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