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Méduse cassiopée, illustration

🌊 Océans

Méduse cassiopée

La bronzeuse des lagunes · Cassiopea andromeda

Posée à l'envers sur le sable, les bras tendus vers la lumière, la méduse cassiopée prend des bains de soleil : des algues microscopiques vivent dans son corps et la nourrissent ! Chez les cassiopées, des chercheurs ont même découvert en 2017 une forme de sommeil, une première chez des animaux sans cerveau. Et cette méduse de la mer Rouge, qui peut atteindre 30 cm, a conquis la Méditerranée jusqu'en Espagne.

Fiche express

Taille

Jusqu'à 30 cm

de diamètre ; le plus souvent 10 à 15 cm

Profondeur

Moins de 20 m

en Méditerranée, toutes les observations ont été faites entre la surface et 20 m

Habitat

Lagunes peu profondes

mangroves, herbiers, ports… de la mer Rouge au Pacifique

Menu

Soleil et plancton

ses algues la nourrissent ; elle chasse aussi du zooplancton

Pulsations

Environ 1 par seconde

le jour, chez les cassiopées ; un tiers de moins la nuit

Statut

Non évaluée

pas encore évaluée par l'UICN

Où vit-elle ?

De la mer Rouge au Pacifique… et jusqu'en Espagne

La méduse cassiopée est originaire de la mer Rouge et de l'Indo-Pacifique, la grande région tropicale qui s'étend de l'océan Indien à l'ouest de l'océan Pacifique. On la trouve par exemple en Inde, dans le golfe de Kutch. C'est d'ailleurs d'après des méduses de la mer Rouge qu'elle a été décrite pour la première fois, en 1775, sous le nom de Medusa andromeda.

Elle aime les eaux chaudes, calmes et peu profondes : lagunes, étendues de sable ou de vase découvertes à marée basse, abords des mangroves et herbiers marins. Elle y passe l'essentiel de sa vie posée sur le fond.

Mais c'est aussi une grande voyageuse. Par le canal de Suez, qui relie la mer Rouge à la Méditerranée, elle a gagné cette nouvelle mer : on l'a observée dans le canal dès 1886, puis à Chypre au tout début du XXe siècle. Pendant un siècle, elle ne s'est étendue que lentement dans l'est de la Méditerranée, et on l'a signalée à Malte en 2009. Puis, à partir de 2013, elle a progressé beaucoup plus vite vers l'ouest : en Sicile en 2014, puis jusqu'en Espagne. Selon une synthèse publiée en 2025, environ les trois quarts des observations méditerranéennes ont été faites dans des milieux à demi fermés, comme les baies, les lagunes et les ports, et toutes entre la surface et 20 m de profondeur. Dans le port de plaisance d'Aguadulce, près d'Almería, en Espagne, on en a estimé jusqu'à 80 à 100 au mètre carré dans un chenal en décembre 2023 : c'est le point le plus occidental où on l'ait trouvée en Méditerranée. Elle y a même survécu à l'hiver, dans une eau à environ 14 °C en février 2024.

Ailleurs, ce sont les bateaux qui l'ont emmenée. Ses polypes, le stade de sa vie où elle reste fixée au fond, peuvent voyager accrochés à la coque des navires, et ses larves ou ses jeunes méduses dans l'eau de leurs ballasts, les réservoirs qui servent à les stabiliser. Elle serait ainsi arrivée à Hawaï entre 1941 et 1945, probablement depuis les Philippines. D'abord cantonnée à la rade de Pearl Harbor, elle est apparue vers 1950 dans le port d'Honolulu, puis sur d'autres îles de l'archipel, comme Molokai et l'île d'Hawaï. Des analyses génétiques ont aussi confirmé sa présence de l'autre côté de l'Atlantique, au Brésil, où ses polypes ont été repérés dès 1999, et en Floride. En septembre 2023, on l'a même découverte à Tenerife, aux Canaries, dans une installation d'aquaculture à terre : une première dans l'est de l'Atlantique.

Que mange-t-elle ?

Des bains de soleil pour se nourrir

La méduse cassiopée cultive une partie de sa nourriture… dans son propre corps ! Les zooxanthelles, ces algues microscopiques qui vivent dans ses tissus, captent la lumière du soleil pour fabriquer des sucres, grâce à la photosynthèse, et elles en font profiter la méduse. En échange, celle-ci leur offre un abri et des éléments nutritifs. C'est ce qu'on appelle une symbiose : une association où chaque partenaire trouve son compte, comme entre les coraux et leurs algues.

Voilà pourquoi elle se pose à l'envers ! Ainsi retournée, elle expose au soleil les algues logées dans ses bras, comme pour un bain de soleil. Elle a donc besoin d'une eau claire, calme et peu profonde, où la lumière arrive jusqu'au fond.

Ses algues lui fournissent une grande partie de sa nourriture, mais elle chasse aussi. Elle capture du zooplancton, ces animaux minuscules qui dérivent dans l'eau, en le paralysant grâce à ses cellules urticantes et à son mucus, une sorte de bave. Les battements de son ombrelle poussent ses proies vers ses bras, où ses minuscules bouches les avalent.

Chez sa cousine des Caraïbes, la cassiopée de mangrove, les algues fixent même chaque jour plus de carbone que l'animal n'en consomme en respirant. Alors, pourquoi chasser ? Selon des chercheurs, ce complément de nourriture pourrait l'aider quand la photosynthèse ralentit.

Protection

Pas menacée… plutôt envahissante

L'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, qui tient la liste rouge des espèces menacées) n'a pas encore évalué la méduse cassiopée : elle est donc « non évaluée ». Rien n'indique pourtant qu'elle soit menacée. Elle vit sur un immense territoire, de la mer Rouge au Pacifique, et elle en conquiert même de nouveaux.

Son problème serait plutôt l'inverse : dans plusieurs régions où elle a été introduite, on la considère comme une espèce envahissante. En Méditerranée, où elle est arrivée par le canal de Suez, les scientifiques suivent de près son expansion. À Hawaï, les autorités l'ont inscrite sur la liste des espèces invasives, car elle peut envahir les lagunes et les loko iʻa, les étangs à poissons traditionnels. En mai 2025, à l'étang de Heʻeia, une cinquantaine de bénévoles et d'employés ont repêché à l'épuisette environ 20 % des cassiopées : des milliers de ces méduses y avaient supplanté les crevettes et les mulets élevés dans l'étang. Comme on pense qu'au moins trois espèces de cassiopées vivent à Hawaï, toutes n'étaient pas forcément des méduses cassiopées.

Elle a des atouts pour s'installer : chez les cassiopées, on a constaté une grande tolérance aux variations de température et de salinité de l'eau. Pour les baigneurs, sa piqûre est en général légère, mais selon la sensibilité de chacun, elle peut provoquer des plaques rouges, des démangeaisons, et parfois des vomissements ou des douleurs.

La bonne nouvelle

Les plongeurs montent la garde ! En Espagne, ce sont des plongeurs d'un club d'Almería qui ont signalé ces méduses sur Observadores del Mar, une plateforme de sciences participatives où chacun peut partager ses observations. Des chercheurs de l'Institut des sciences de la mer (ICM-CSIC) ont alors pu confirmer sa présence et la surveiller pendant quinze mois. Le projet « Alerte méduses » de cette plateforme, lancé en 2012, a déjà rassemblé plus de 2 500 observations : de quoi repérer très tôt l'arrivée de nouvelles espèces.

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