
🏜️ Déserts
Le coucou des grands chemins · Geococcyx californianus
Une huppe ébouriffée, une longue queue et des pattes qui filent jusqu'à 32 km/h : le grand géocoucou est un coucou qui préfère courir plutôt que voler. C'est lui qui a inspiré Bip Bip… mais le vrai ne fait pas « bip bip » : il roucoule ! Et il n'a pas peur de s'attaquer à un serpent à sonnette.
Taille
Environ 50 à 60 cm
du bout du bec au bout de la queue
Poids
Environ 220 à 540 g
selon les individus
Habitat
Déserts et broussailles
du sud-ouest des États-Unis au Mexique
Menu
Insectes, lézards, serpents…
mais aussi scorpions, souris, petits oiseaux et quelques fruits
Vitesse
Jusqu'à 32 km/h
à la course ; il ne vole que sur de courtes distances
Statut
Préoccupation mineure
évaluation publiée en 2022
Le grand géocoucou vit dans le sud-ouest des États-Unis et au Mexique. On le rencontre régulièrement en Californie, au Nevada, dans l'Utah, en Arizona, au Nouveau-Mexique, au Texas et en Oklahoma, ainsi que dans une petite partie du Colorado, et plus rarement au Kansas, en Arkansas, en Louisiane et dans le Missouri. Au Mexique, son aire s'étend vers le sud jusqu'au centre du pays. Plus au sud vit l'autre espèce de géocoucou, plus petite, qu'on trouve au Mexique et en Amérique centrale.
Malgré sa réputation d'oiseau du désert, il ne vit pas seulement dans les déserts. Il fréquente les milieux ouverts parsemés de buissons, depuis des terres situées sous le niveau de la mer jusqu'à près de 3 000 m d'altitude : déserts à créosotiers et à mesquites, chaparral, une végétation de buissons serrés, prairies sèches, canyons et, plus haut, bois clairsemés de pins pignons et de genévriers. Il est particulièrement commun dans le désert de Sonora. Il évite les forêts denses et les villes très construites, mais s'accommode des banlieues peu denses et des terres agricoles ouvertes. Comme le laisse deviner son nom anglais, roadrunner, « le coureur de route », on l'aperçoit souvent le long des routes tranquilles.
Il ne migre pas : les couples restent toute l'année sur leur territoire. Et il est installé dans la région depuis très longtemps : des os de grand géocoucou ont été retrouvés à Los Angeles, dans les célèbres puits de goudron de La Brea, dont les dépôts remontent en partie à la dernière période glaciaire.
Le grand géocoucou mange presque tout ce qu'il peut attraper : de gros insectes comme les sauterelles, des scorpions, des mygales, des mille-pattes, des lézards, des serpents, des souris, des grenouilles, des crapauds, des escargots et de petits oiseaux. Il pille aussi les nids pour en manger les œufs et les oisillons, et ne dédaigne pas les cadavres d'animaux. En hiver, il complète son menu avec des fruits, notamment ceux des cactus, et des graines : les végétaux forment alors environ 10 % de ce qu'il mange.
Pour chasser, il marche d'un pas vif en scrutant le sol, puis se précipite sur sa proie pour la saisir dans son bec. Il ouvre parfois ses ailes en courant pour faire apparaître leurs taches blanches, ce qui fait sortir les proies de leur cachette. Il sait aussi sauter à la verticale pour attraper au vol des insectes, des chauves-souris… et même des colibris ! Quand une proie est trop grosse, il la frappe plusieurs fois contre une pierre ou contre le sol : ses os se brisent et son corps s'allonge, ce qui la rend plus facile à avaler. Il l'avale ensuite tout entière. Avec un serpent trop long, il lui arrive même de continuer sa route avec le bout du serpent qui dépasse de son bec, le temps que le reste soit digéré !
Et les serpents à sonnette ? Il lui arrive bel et bien de s'y attaquer, en particulier à de jeunes serpents. Il les tue à coups de bec sur la tête, et les frappe contre le sol. Face à un serpent plus gros, deux géocoucous peuvent même faire équipe : l'un détourne l'attention du serpent en s'agitant devant lui, pendant que l'autre lui plaque la tête au sol et la frappe. Mais attention à la légende : selon Audubon, une grande association américaine de protection des oiseaux, ses talents de tueur de serpents à sonnette sont très exagérés, et ces serpents restent des proies rares à son menu.
L'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, qui tient la liste rouge des espèces menacées) classe le grand géocoucou en « préoccupation mineure ». Sa dernière évaluation, réalisée par BirdLife International, l'organisation chargée d'évaluer les oiseaux pour la liste rouge, a été publiée en 2022. Il vit en effet sur une très grande aire, et le réseau Partners in Flight, qui suit les oiseaux d'Amérique du Nord, estime sa population à environ 1,4 million d'oiseaux nicheurs. Aux États-Unis, il est protégé par la loi fédérale sur les oiseaux migrateurs.
Il a pourtant longtemps été pourchassé. On l'accusait de dévorer les œufs et les petits des cailles, un gibier recherché, et on l'abattait pour cette raison. Mais les études du contenu de son estomac l'ont largement innocenté : dans le sud du Texas, par exemple, on n'a trouvé des restes de cailles que dans un seul estomac de grand géocoucou sur 120 examinés. Il lui arrive de manger des cailleteaux quand l'occasion se présente, mais il ne les recherche pas particulièrement.
Aujourd'hui, sa population semble globalement stable, mais il recule par endroits, notamment en Californie. Sa principale menace est la disparition de son habitat : les routes et les constructions morcellent ses grands territoires et font disparaître ses proies et ses sites de nidification. Dans le sud de la Californie, près des côtes, les broussailles où il vit ont été tellement réduites par l'urbanisation qu'il a peu de chances de s'y maintenir. S'y ajoutent les tirs illégaux, souvent fondés sur l'idée fausse qu'il nuirait au gibier, les collisions avec les voitures, les animaux domestiques ou errants, et les pesticides qu'il absorbe en mangeant des proies contaminées.
Le grand géocoucou ne se contente pas de résister : il gagne du terrain ! Son aire de répartition s'étend périodiquement vers le nord et vers l'est, même si les hivers rigoureux le font parfois reculer, et il s'est récemment installé jusque dans le Missouri, l'Arkansas et la Louisiane.
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