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Calmar géant, illustration

🌊 Océans

Calmar géant

Le géant aux yeux d'assiette · Architeuthis dux

Jusqu'à 13 m de long tentacules compris et des yeux larges comme des assiettes : le calmar géant a longtemps eu tout d'un monstre de légende. Il a fallu attendre 2004 pour photographier un individu vivant dans son milieu, à 900 m de profondeur… et en s'enfuyant, il a laissé aux chercheurs un morceau de tentacule de 5,5 m dont les ventouses s'agrippaient encore !

Fiche express

Taille

Jusqu'à 13 m

tentacules compris, pour une femelle ; environ 10 m pour un mâle

Poids

Jusqu'à 275 kg environ

pour les plus grosses femelles ; les mâles sont plus petits

Habitat

Océans profonds

dans le monde entier, surtout entre 300 et 1 000 m de profondeur

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Poissons et calmars

des profondeurs… et parfois d'autres calmars géants

Œil

Environ 27 cm

de diamètre, avec une pupille de 9 cm

Statut

Préoccupation mineure

évaluation publiée en 2014

Où vit-il ?

Un seul géant pour tous les océans

Le calmar géant vit dans tous les océans du monde, surtout au-dessus des pentes qui bordent les continents et les îles, là où le fond plonge vers les grandes profondeurs. Il est en revanche rare dans les eaux tropicales et près des pôles. Certaines régions en livrent beaucoup : l'Atlantique Nord, autour de Terre-Neuve, de la Norvège, du nord des îles Britanniques, des Açores et de Madère, mais aussi l'Afrique australe, le Japon, la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Selon une synthèse présentée en 2004 par l'équipe du biologiste Ángel Guerra, le nord-est de l'Atlantique totalise à lui seul 26 % des calmars géants signalés de façon sûre dans le monde.

C'est un habitant des eaux profondes et sombres. Pour Clyde Roper, spécialiste du calmar géant au Smithsonian, aux États-Unis, il vit vraisemblablement entre 300 et 1 000 m de profondeur, et les rares calmars géants observés vivants dans leur milieu l'ont été entre 630 et 900 m. Les jeunes, eux, fréquentent les eaux de surface : on en a découvert au large de la Nouvelle-Zélande.

Et partout, c'est le même animal ! On a longtemps décrit de nombreuses espèces de calmars géants. Mais en 2013, une équipe internationale menée par l'université de Copenhague, au Danemark, a analysé l'ADN mitochondrial, celui que l'on hérite de sa mère, de 43 calmars géants récoltés dans le monde entier. Résultat : une diversité génétique « exceptionnellement faible », et aucune différence entre les régions. Un calmar géant du Japon n'est pas plus proche d'un autre calmar géant du Japon que d'un calmar géant de Floride ! Pour ces chercheurs, il n'existe donc qu'une seule espèce de calmar géant sur toute la planète. Leur explication : les jeunes, qui vivent près de la surface, dériveraient au gré des courants sur de grandes distances, avant de plonger vers les eaux profondes les plus proches.

Que mange-t-il ?

Poissons, calmars… et parfois ses semblables

Le calmar géant se nourrit surtout de poissons des profondeurs et d'autres calmars. Les rares estomacs examinés en donnent une idée : chez trois mâles pêchés au large de l'Irlande en 1995, des chercheurs ont trouvé des restes de merlans bleus et de chinchards, deux poissons, mais aussi de langoustine et d'élédone, un petit poulpe. Au large de la Tasmanie, en Australie, l'ADN contenu dans l'estomac d'un autre calmar géant a révélé du grenadier bleu, un poisson aussi appelé hoki.

Et parfois… il mange ses semblables ! En 2004, Steve O'Shea et K. S. Bolstad ont trouvé dans l'estomac d'un calmar géant de Nouvelle-Zélande de nombreux morceaux d'une massue de tentacule… de calmar géant. Cannibalisme, ou morceau de son propre tentacule avalé ? L'année suivante, des chercheurs australiens ont retrouvé de l'ADN de calmar géant dans un tentacule avalé par le calmar de Tasmanie, ce qui va dans le sens du cannibalisme.

Il saisit sa proie avec la massue de ses tentacules, la ramène vers ses bras et la découpe avec son bec, dur et tranchant comme celui d'un perroquet. Sa radula, une sorte de langue couverte de petites dents, pousse ensuite les morceaux vers sa gorge. Mais chasse-t-il activement ? Steve O'Shea imaginait plutôt un pêcheur tranquille, suspendu dans l'eau, les tentacules pendant vers le bas, leurs massues écartées comme une pince. En 2005, les photos de Tsunemi Kubodera et Kyoichi Mori ont montré un calmar géant qui attaque un appât à l'horizontale et l'enserre de ses tentacules enroulés en boule, comme un python. Pour ces deux chercheurs japonais, c'est un prédateur « beaucoup plus actif » qu'on ne le pensait.

Protection

Pas menacé… mais sensible au bruit

L'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, qui tient la liste rouge des espèces menacées) classe le calmar géant en « préoccupation mineure » depuis sa dernière évaluation, publiée en 2014 ; elle avait été réalisée en 2010. Il vit en effet dans tous les océans du monde. Mais on ignore combien il existe de calmars géants, et quelles menaces pèsent vraiment sur eux.

Parmi les menaces possibles, les scientifiques citent la pêche (des calmars géants se font parfois prendre dans les chaluts, ces grands filets traînés par les bateaux), la pollution, ainsi que le réchauffement et l'acidification des océans. Mais une menace inattendue les inquiète : le bruit. En 2001, puis en 2003, neuf calmars géants se sont échoués ou ont été retrouvés flottant en surface au large des Asturies, en Espagne, avec de graves lésions de leurs tissus et de leurs organes. Or, à chaque fois, des navires sondaient au même moment le sous-sol du golfe de Gascogne à coups de canons à air, qui produisent des sons extrêmement puissants. Pour l'équipe d'Ángel Guerra, ces bruits pourraient avoir causé ou aggravé les blessures qui ont probablement tué ces animaux. En 2011, l'équipe de Michel André a d'ailleurs montré au laboratoire que des sons de basse fréquence abîment gravement les statocystes, les organes de l'équilibre, chez quatre autres céphalopodes, dont la seiche commune et le poulpe commun.

La bonne nouvelle

Le calmar géant a des défenseurs ! En 2011, Ángel Guerra et ses collègues ont proposé, dans la revue scientifique Biological Conservation, d'en faire l'emblème de la protection des invertébrés marins, ces animaux sans colonne vertébrale dont le public se soucie peu : rares sont ceux qui fascinent autant que lui. Le biologiste Craig McClain l'a même surnommé le « panda des grands fonds ».

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