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Ara macao, illustration

🌴 Forêts et jungles

Ara macao

Le gourmand d'argile · Ara macao

Du sud-est du Mexique jusqu'au cœur de l'Amazonie, aucun autre ara n'occupe une aire aussi vaste que l'ara macao. Ce perroquet rouge vif d'environ 1 kg peut vivre plusieurs dizaines d'années… et, au Pérou, des centaines de perroquets, dont lui, se retrouvent chaque jour sur une falaise d'argile pour en manger la terre !

Fiche express

Taille

De 81 à 96 cm

de la tête au bout de la queue, qui fait d'un tiers à la moitié de cette longueur

Poids

Environ 1 kg

à peu près le poids d'une bouteille d'un litre d'eau

Habitat

Forêts tropicales

du sud-est du Mexique à l'Amazonie, en général sous 1 000 m d'altitude

Menu

Surtout des graines

mais aussi fruits, noix, fleurs, nectar… et un peu d'argile

Longévité

De 30 à 50 ans environ

dans la nature, selon les estimations ; jusqu'à 75 ans environ en captivité

Statut

Préoccupation mineure

selon BirdLife International

Où vit-il ?

Le plus répandu de tous les aras

L'ara macao détient un record : aucun autre ara n'a une aire de répartition aussi vaste. On le trouve depuis le sud-est du Mexique, à travers l'Amérique centrale, jusqu'au cœur de l'Amazonie : Colombie, Guyanes, Brésil, Pérou et Bolivie. Les spécialistes y distinguent deux sous-espèces : cyanopterus, qui vit du sud-est du Mexique au Nicaragua, et macao, présente du Costa Rica et du Panama jusqu'en Amazonie.

C'est un oiseau des grands arbres. Il vit surtout dans la canopée, l'étage le plus haut de la forêt, des forêts tropicales humides de basse altitude, en général sous 1 000 m. Mais c'est aussi l'ara le plus souple de son genre : on le voit dans les forêts qui bordent les rivières, dans les bois clairsemés et même dans les savanes, près des cours d'eau et des lagunes. Sa seule vraie exigence : des arbres assez grands pour lui fournir de quoi manger, et des cavités où nicher.

En Amazonie, il reste un véritable emblème : au Pérou, la Wildlife Conservation Society, une grande organisation de protection de la nature, en fait l'un des symboles de l'Amazonie péruvienne. C'est d'ailleurs là, dans la réserve nationale de Tambopata, qu'on l'étudie le mieux : un projet de recherche, le Tambopata Macaw Project, y suit les aras depuis 1989. En Amérique centrale, en revanche, ses forêts ont été morcelées, et ses populations sont devenues petites et dispersées. Son immense aire de répartition est désormais trouée, surtout dans sa partie nord.

Que mange-t-il ?

Croqueur de graines et mangeur de terre

L'ara macao est avant tout un mangeur de graines. Dans la nature, il se nourrit de fruits, de noix et de graines, parfois grosses et très dures, mais aussi de fleurs, de nectar, de feuilles, d'écorce et de sève. En Amérique centrale, il mange par exemple les graines du pin caraïbe. Il lui arrive aussi d'avaler quelques insectes ou escargots, sans que ce soit l'essentiel de son menu. Et là où bien des oiseaux mangent la pulpe des fruits et laissent les graines, lui fait l'inverse : il ouvre le fruit, souvent encore vert, et broie la graine. Les scientifiques le considèrent donc comme un « prédateur de graines », plutôt que comme un semeur.

Mais son menu le plus étonnant, c'est… de la terre ! En Amazonie, et tout particulièrement dans le sud-est du Pérou, les aras macao se rassemblent avec d'autres perroquets sur des berges d'argile appelées « collpas ». Sur la collpa Colorado, qui domine le rio Tambopata, des centaines de perroquets, de 18 espèces différentes au plus, viennent chaque jour grignoter l'argile durcie par le soleil. Selon le magazine scientifique américain Science News Explores, cette falaise, longue d'environ 450 m, est la plus grande collpa connue au monde.

Pourquoi manger de la terre ? Les explications ont changé avec le temps. On a d'abord pensé que l'argile servait d'antipoison : en laboratoire, elle peut fixer certaines toxines, or les graines et les fruits verts que mangent les aras en contiennent beaucoup. Mais depuis les années 2000, les études menées au Pérou, notamment par l'équipe de Donald Brightsmith, de l'université Texas A&M, aux États-Unis, penchent plutôt pour une autre piste : le sodium, l'un des composants du sel. Ce minéral est très rare dans la forêt amazonienne, et les couches d'argile que les oiseaux préfèrent sont justement les plus riches en sodium : les sols des collpas amazoniennes en contiennent en général environ 40 fois plus que les plantes dont se nourrissent les perroquets. À l'échelle de l'Amérique du Sud, les perroquets mangent d'ailleurs davantage de terre loin de l'océan, là où le sodium manque le plus. Et selon une étude de l'équipe de Donald Brightsmith, fondée sur plus de 20 000 heures d'observations en 13 ans, la consommation d'argile culmine pendant la saison de reproduction, chez les neuf espèces étudiées : l'argile aiderait les parents à élever leurs petits. Les chercheurs n'y ont trouvé aucun indice en faveur de l'antipoison.

L'un de ces articles, paru en 2009, a d'ailleurs pour titre « Parrots take it with a grain of salt », « les perroquets le prennent avec un grain de sel » : un jeu de mots sur une expression anglaise qui signifie « prendre avec prudence ». Et justement, prudence : ces études montrent des liens, sans prouver à elles seules la cause, et l'une des chercheuses de l'équipe reconnaît que leurs résultats sont, eux aussi, à prendre « avec un grain de sel ». Les chercheurs n'ont pas encore testé, par exemple, comment réagissent les oiseaux face à des argiles qui ne diffèrent que par leur teneur en sodium. Le débat n'est donc pas tout à fait clos.

Protection

Commun en Amazonie, rescapé en Amérique centrale

L'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, qui tient la liste rouge des espèces menacées) classe l'ara macao en « préoccupation mineure » d'après sa dernière évaluation, réalisée par BirdLife International. Avec son immense aire de répartition, il n'est pas menacé d'extinction à l'échelle mondiale. Selon le World Parrot Trust, une association de protection des perroquets qui s'appuie sur les données de BirdLife, il en resterait de 50 000 à 500 000, et leur nombre diminue. Ses deux grandes menaces : la destruction de son milieu, avec la disparition des forêts, et le braconnage de ses œufs et de ses poussins, dénichés pour en faire des animaux de compagnie. Il est d'ailleurs inscrit à l'annexe I de la CITES, la convention internationale qui encadre les échanges d'animaux et de plantes sauvages entre pays.

En Amérique centrale, sa situation est bien plus grave. Selon le Service américain de la pêche et de la faune, l'ara macao y a disparu d'une grande partie de son ancienne aire de répartition : de presque toute celle qu'il occupait au Mexique, et de toute celle du Salvador. Au Mexique, son aire se serait réduite de 98 %, et la loi mexicaine le classe « en danger d'extinction ». La sous-espèce d'Amérique centrale ne compterait plus qu'environ 2 000 à 3 000 oiseaux, et les États-Unis l'ont inscrite en 2019 sur leur liste des espèces en danger.

La bonne nouvelle

L'ara macao revient là où il avait disparu ! Au Mexique, des aras nés en captivité sont relâchés depuis 2013. Entre avril 2013 et juin 2014, 96 oiseaux ont été libérés près de Palenque, au Chiapas, et seuls 9 % d'entre eux sont morts pendant les mois de suivi. D'autres, élevés avec l'aide du parc Xcaret, ont été lâchés dans la région de Los Tuxtlas, dans l'État de Veracruz, d'où l'espèce avait disparu une quarantaine d'années plus tôt. Au Honduras aussi, des lâchers successifs ont ramené l'ara macao dans la vallée de Copán : en juin 2024, l'association PRO-ALAS y surveillait 43 nids sauvages, dont 18 abritaient 18 poussins et 3 œufs.

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