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Albatros hurleur, illustration

❄️ Pôles et banquise

Albatros hurleur

Le vagabond des mers australes · Diomedea exulans

Environ 3 m d'une pointe d'aile à l'autre, et près de 3,5 m chez les plus grands : l'albatros hurleur a la plus grande envergure de tous les oiseaux actuels. Ce géant de l'océan Austral peut parcourir jusqu'à 15 000 km en un seul voyage de pêche, presque sans battre des ailes… et pendant leur année de repos, certains font deux, voire trois fois le tour de l'Antarctique : jusqu'à plus de 120 000 km en un an !

Fiche express

Taille

De 1,10 à 1,35 m

de long ; le mâle est plus grand et plus lourd que la femelle

Poids

De 6 à 12 kg environ

environ 10 kg pour un mâle, 8 kg pour une femelle

Habitat

Océan Austral

niche sur des îles subantarctiques, de la Géorgie du Sud à l'île Macquarie

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Calmars et poissons

souvent ramassés morts à la surface ; il profite aussi des restes des bateaux de pêche

Envergure

Environ 3 m

en moyenne, et près de 3,5 m chez les plus grands : la plus grande envergure de tous les oiseaux actuels

Statut

Vulnérable

évalué en 2018

Où vit-il ?

Quelques îles perdues et tout un océan

L'albatros hurleur est un oiseau de l'océan Austral, l'océan qui entoure l'Antarctique, dont il fréquente tout le pourtour. À terre, on ne le trouve que sur quelques îles subantarctiques isolées, où il niche : la Géorgie du Sud, dans l'Atlantique Sud ; les îles du Prince-Édouard, c'est-à-dire l'île Marion et l'île du Prince-Édouard, qui appartiennent à l'Afrique du Sud ; l'archipel Crozet et les îles Kerguelen, dans les Terres australes et antarctiques françaises ; et l'île Macquarie, qui appartient à l'Australie. Il y installe ses nids à basse altitude, non loin des côtes.

Ces colonies sont loin d'être égales. La plus grande se trouve sur l'île Marion : en janvier 2024, des chercheurs y ont compté 2 979 nids, et cette seule île abriterait environ le quart de la population mondiale de l'espèce. Côté français, l'île de la Possession, dans l'archipel Crozet, où les chercheurs du CNRS suivent ces albatros depuis des décennies, accueillait 355 couples nicheurs en 2013. À l'inverse, l'île Macquarie abrite la plus petite population connue : de 4 à 15 couples seulement chaque année.

En mer, il voit loin : pendant la saison de reproduction, il peut aller chercher sa nourriture jusqu'à 4 000 km de sa colonie. Et ses zones de pêche changent avec l'âge ! À Crozet, les mâles de plus de 30 ans vont pêcher plus au sud que les jeunes mâles, qui restent au nord du front polaire antarctique, la limite des eaux froides qui entourent l'Antarctique.

Attention, sosies ! Longtemps, on a rangé sous le nom d'albatros hurleur, Diomedea exulans, plusieurs grands albatros blancs très semblables. Des études, notamment génétiques, ont conduit à les séparer, et l'on distingue aujourd'hui en général quatre espèces : l'albatros hurleur, l'albatros des Antipodes (dont fait partie l'albatros de Gibson), l'albatros de Tristan et l'albatros d'Amsterdam. L'albatros hurleur au sens strict, celui de cette fiche, est le plus grand des quatre : c'est la grande forme des îles subantarctiques. Il ne compte d'ailleurs aucune sous-espèce reconnue.

Que mange-t-il ?

Un charognard qui a du nez

L'albatros hurleur se nourrit surtout de calmars et de poissons, qu'il attrape à la surface de l'eau, ou juste en dessous, en les saisissant du bec. En Géorgie du Sud, chez neuf albatros reproducteurs étudiés pendant la saison des nids, les repas contenaient, en poids, environ 46 % de poissons et 32 % de céphalopodes, le groupe des calmars et des pieuvres.

C'est avant tout un charognard, et une bonne partie des calmars qu'il avale sont ramassés morts, flottant à la surface. À Bird Island, une petite île au large de la Géorgie du Sud, des chercheurs ont examiné 269 boulettes de restes régurgitées, recueillies de 1989 à 1999 : elles contenaient les becs, durs et indigestes, de plus de 19 000 céphalopodes. Selon leur estimation, au moins 30 % de ces proies, en nombre, avaient été ramassées mortes… et elles représentaient 85 % du poids total ! Chaque année, le plus important, en poids, était un calmar de l'Antarctique, Kondakovia longimana.

Il sait aussi profiter des bateaux de pêche, dont il récupère les appâts, les poissons et les déchets. Au large de Crozet, des balises GPS ont montré que les albatros hurleurs changent de cap pour rejoindre les navires qui pêchent la légine jusqu'à 30 km de distance, presque trois fois plus loin qu'on ne le pensait. Et pour trouver sa nourriture en plein océan, il suit son nez : dans une étude publiée en 2008, sur l'île de la Possession, des albatros équipés d'un GPS et d'un capteur de température dans l'estomac, qui signalait chaque repas avalé, ont révélé que près d'une fois sur deux, avant de manger, l'oiseau remontait le vent ou zigzaguait face à lui, comme s'il suivait une piste d'odeur.

Protection

Pris aux hameçons, attaqué par des souris

L'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, qui tient la liste rouge des espèces menacées) classe l'albatros hurleur « vulnérable », c'est-à-dire exposé à un risque élevé d'extinction à l'état sauvage, depuis sa dernière évaluation, réalisée le 7 août 2018 par BirdLife International, l'organisation chargée d'évaluer les oiseaux pour la liste rouge.

Sa principale menace, c'est la pêche à la palangre, de longues lignes garnies d'hameçons appâtés. Attirés par les appâts, les albatros s'en saisissent au moment où la ligne est mise à l'eau, avant qu'elle ait coulé, se font prendre aux hameçons et se noient. Dans l'océan Indien, ils sont souvent capturés par les grandes flottes de thoniers palangriers de haute mer, et la pêche illégale reste un souci. À Crozet, les femelles meurent davantage que les mâles, prises accidentellement par la pêche : la population compte donc plus de mâles que de femelles, et les mâles se retrouvent plus souvent veufs. À Bird Island, en Géorgie du Sud, la colonie a fondu : en 2022, seuls 656 couples y ont niché, le chiffre le plus bas jamais enregistré, à peine plus du tiers des effectifs du début des années 1960, même si la colonie semble stable depuis 2017.

Sur l'île Marion, une autre menace inquiète : les souris domestiques, introduites par l'homme. Les premières attaques contre des poussins d'albatros hurleur, laissés seuls au nid, y ont été observées en 2003, et leurs blessures sont parfois mortelles. Depuis 2023, elles s'en prennent même aux adultes : en avril 2023, on a retrouvé deux adultes blessés et huit morts. Avec des albatros de Tristan, une autre espèce, tués en 2021 sur l'île de Gough, ce sont les premiers grands albatros adultes connus tués par des souris. En 2024, sur 1 102 nids où un adulte gardait son poussin, 11 adultes portaient des blessures, dans toutes les colonies de l'île. Le projet « Mouse-Free Marion » prévoit d'éliminer les souris de toute l'île en répandant des appâts empoisonnés depuis des hélicoptères : l'opération vise désormais 2029, si les financements et les autorisations sont réunis. Dernières inquiétudes : la grippe aviaire H5N1, détectée en octobre 2024 sur l'île de la Possession, a aussi été retrouvée chez des poussins d'albatros hurleur, et l'albatros avale parfois des plastiques et des hameçons perdus.

La bonne nouvelle

Les mesures contre les prises accidentelles marchent ! Autour de la Géorgie du Sud, la pêche à la palangre de la légine, un poisson des mers australes, tuait plus de 5 000 oiseaux marins en 1996, surtout des albatros à sourcils noirs et des pétrels à menton blanc. Grâce à une pêche limitée à l'hiver austral, à des lignes posées de nuit et lestées pour couler plus vite, et à la présence d'observateurs sur tous les bateaux, ces captures sont tombées à un niveau négligeable : moins d'un oiseau pour 100 000 hameçons. Et dans les archipels français de Crozet et de Kerguelen, après de fortes baisses dans les années 1970, les colonies d'albatros hurleurs se sont récemment reprises.

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