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Abeille mellifère, illustration

🌴 Forêts et jungles

Abeille mellifère

La danseuse du miel · Apis mellifera

Elle butine, danse et fabrique de la cire et du miel : l'abeille mellifère est la plus célèbre des abeilles… et pourtant, elle n'est qu'une espèce parmi environ 20 000 ! Moins domestique qu'on ne le croit, elle vit aussi à l'état sauvage dans le creux des arbres, et ce sont ces colonies sauvages que l'UICN a classées « en danger » dans l'Union européenne en 2025.

Fiche express

Taille

Environ 1,2 cm

pour une ouvrière ; la reine est plus grande

Poids

Environ 0,1 g

pour une ouvrière : il en faut 10 000 pour faire 1 kg !

Habitat

Arbres creux et ruches

originaire d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient

Menu

Nectar et pollen

le nectar devient du miel

Colonie

Plus de 60 000

abeilles en plein été, pour une seule reine

Statut

Non évaluée

dans le monde ; colonies sauvages « en danger » dans l'UE (2025)

Où vit-elle ?

Des creux d'arbres aux ruches du monde entier

L'abeille mellifère, qu'on appelle aussi abeille domestique ou abeille à miel, est originaire d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient : son aire naturelle s'étend du sud de l'Afrique jusqu'au nord de l'Europe. Parmi les abeilles à miel, qui forment le genre Apis, c'est la seule espèce à vivre naturellement en dehors de l'Asie. Sur ce vaste territoire, elle s'est diversifiée en une trentaine de sous-espèces, que les apiculteurs appellent souvent des « races ». En France, la race d'origine est l'abeille noire, dont l'aire naturelle s'étend de la France à la Scandinavie et jusqu'aux îles Britanniques. L'abeille italienne, elle, vient de la péninsule italienne.

En Europe, son habitat d'origine, c'est la forêt de feuillus ou la forêt mixte, où les arbres lui offrent à la fois un abri et de la nourriture. À l'état sauvage, ses colonies s'installent dans des cavités d'arbres, par exemple d'anciennes loges creusées par le pic noir dans des hêtres. Elles nichent aussi dans des fissures de rochers ou des creux de murs. Il leur faut un abri d'au moins 20 litres pour pouvoir stocker assez de miel et passer l'hiver.

Aujourd'hui, on la connaît surtout dans les ruches des apiculteurs. Les humains l'ont emmenée sur tous les continents sauf l'Antarctique : en Amérique du Nord, par exemple, elle a été introduite dès le XVIIe siècle. En Europe, les colonies des apiculteurs sont bien plus nombreuses que les colonies sauvages : c'est même la région du monde où les colonies sauvages sont les moins denses. Dans deux forêts de hêtres d'Allemagne, des chercheurs ont estimé leur densité à au moins 0,11 à 0,14 colonie par km² : à peine plus d'une colonie pour 10 km² !

Que mange-t-elle ?

Nectar, pollen… et pelotes

L'abeille mellifère vit de ce que lui offrent les fleurs. Le nectar, un liquide sucré, est avec le miel sa principale source de sucres : il fournit l'énergie de ses muscles, de quoi chauffer le nid et produire la cire. Le pollen, lui, apporte les protéines : sans lui, les nourrices ne peuvent pas produire la bouillie qui nourrit les larves. Les butineuses rapportent aussi de l'eau, pour rafraîchir le nid, et de la résine de plantes, qui sert à fabriquer la propolis.

Pour transporter le pollen, l'ouvrière a ses propres sacoches : ses corbeilles. Après avoir visité quelques fleurs, elle brosse avec ses pattes le pollen resté accroché aux poils de sa tête et de son corps, souvent sans même se poser, en vol stationnaire. Pour que les grains collent entre eux, elle les humecte d'un liquide sucré venu de sa bouche, du nectar ou du miel. Ses pattes du milieu font passer le pollen à ses pattes arrière. Là, des rangées de poils raides, de véritables peignes, raclent le pollen de la patte opposée ; puis une sorte de presse, entre le bout du tibia et le segment suivant de la patte, le comprime et le pousse vers le haut, dans la corbeille. Petit coup après petit coup, la patte droite et la patte gauche se chargent tour à tour : l'abeille repart avec une pelote sur chaque patte arrière.

La couleur des pelotes dépend des fleurs butinées : le pollen de plantes différentes n'a souvent pas la même couleur, si bien que les chercheurs s'en servent pour deviner de quelles fleurs il provient. De retour à la ruche, la butineuse glisse ses pattes arrière dans une alvéole et en détache ses deux pelotes. D'autres ouvrières les tassent ensuite avec leur tête et leurs mandibules : mélangé à du nectar ou du miel, ce pollen devient le « pain d'abeille ». Selon Norm Gary, professeur émérite à l'université de Californie à Davis, une butineuse de pollen fait en général une dizaine de voyages par jour, et elle peut remplir ses corbeilles en dix minutes à peine, en visitant quelques dizaines de fleurs.

Et le miel ? La butineuse rapporte le nectar, fait d'environ 70 % d'eau, dans son jabot. À la ruche, elle le confie à d'autres ouvrières, qui le déposent dans les alvéoles en y ajoutant une enzyme, l'invertase : celle-ci coupe le saccharose, l'un des sucres du nectar, en deux sucres plus simples, le glucose et le fructose. En battant des ailes, les abeilles font ensuite évaporer l'eau, jusqu'à ce que le miel n'en contienne plus qu'environ 16 à 18 %. Elles ferment alors chaque alvéole d'un couvercle de cire, qui le garde au sec.

10 à 26 kgC'est la quantité de pollen qu'une colonie récolte en un an, selon des études citées par la revue apicole américaine Bee Culture. Avec des pelotes de 7,9 mg en moyenne, cela fait plus d'un million de pelotes !
Protection

En danger… mais seulement à l'état sauvage

À l'échelle mondiale, l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, qui tient la liste rouge des espèces menacées) n'a pas évalué l'abeille mellifère : elle est donc « non évaluée ». Sa fiche sur la liste rouge ne porte que sur l'Europe. En 2014, la liste rouge européenne des abeilles l'avait classée en « données insuffisantes » : on ne savait même pas s'il existait encore en Europe de vraies colonies sauvages, distinctes de celles des apiculteurs.

En 2025, quatorze scientifiques et spécialistes réunis par le réseau Honey Bee Watch, coordonnés par Arrigo Moro, de l'université de Galway, en Irlande, l'ont réévaluée. Ils se sont notamment appuyés sur l'analyse de Patrick Kohl et Benjamin Rutschmann : ces deux chercheurs ont rassemblé les taux de survie de colonies sauvages suivies sur 698 sites de nidification dans sept pays d'Europe, entre 2013 et 2025. Résultat : le nombre de colonies sauvages baisserait de 56 % par décennie (c'est la valeur médiane de leurs estimations). Le verdict, publié par l'UICN en octobre 2025, est tombé : dans l'Union européenne, les colonies sauvages d'abeilles mellifères sont désormais classées « en danger ». À l'échelle de toute l'Europe, elles restent en « données insuffisantes », faute d'informations, notamment dans les Balkans, les pays baltes, en Scandinavie et dans l'est du continent.

Attention aux raccourcis ! Des titres ont annoncé que les abeilles mellifères sauvages étaient « officiellement » en danger « en Europe ». Et non, cela ne veut pas dire que « les abeilles » sont officiellement en danger. Ce classement ne vaut que dans l'Union européenne, et seulement pour les colonies sauvages, celles qui vivent librement, sans apiculteur, et se maintiennent seules, sans renfort d'essaims échappés des ruches. Les abeilles des ruches ne sont pas concernées : d'après des statistiques fondées sur les données de la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, on comptait 102 millions de ruches dans le monde en 2022, contre 58,8 millions en 2000.

Ses menaces ? La plus grave est sans doute le varroa, un acarien venu d'Asie, où il parasitait l'abeille asiatique. Passé à l'abeille mellifère, il a gagné l'Europe dans la seconde moitié du XXe siècle ; en France, il a été observé pour la première fois en 1982. Il se nourrit des tissus des abeilles en développement et leur transmet des virus, comme celui des ailes déformées. Sans traitement, la plupart des colonies d'Europe s'effondreraient en 1 à 4 ans. S'y ajoutent la disparition des fleurs et des vieux arbres à cavités, avec l'agriculture intensive, les pesticides, les croisements avec des races importées par les apiculteurs, et un nouveau prédateur : le frelon asiatique. Observé pour la première fois en France en 2004, près d'Agen, peut-être arrivé avec des poteries importées de Chine, il attend les butineuses en vol stationnaire devant les ruches et les attrape au retour. Selon une étude du Muséum national d'Histoire naturelle, les abeilles mellifères représentaient environ 37 % de ses proies. Pour les protéger des pesticides, l'Union européenne a décidé en 2018 d'interdire l'usage en plein air de trois insecticides néonicotinoïdes, jugés à « haut risque » pour les abeilles par l'Autorité européenne de sécurité des aliments.

Et n'oublions pas que l'abeille mellifère n'est qu'une espèce parmi environ 20 000 abeilles dans le monde ; la France métropolitaine compte à elle seule près de 1 000 espèces d'abeilles sauvages. Elles aussi souffrent : selon la liste rouge européenne publiée par l'UICN en octobre 2025, au moins 172 des 1 928 espèces d'abeilles sauvages évaluées en Europe, soit environ une sur dix, sont menacées de disparition, dont 15 espèces de bourdons. En 2014, on n'en comptait que 77. Et les colonies des apiculteurs ne peuvent pas facilement les remplacer.

La bonne nouvelle

Les abeilles mellifères sauvages n'ont pas disparu d'Europe ! Selon Patrick Kohl et Benjamin Rutschmann, elles représentent encore au moins un sixième de toutes les abeilles mellifères du continent. Et des citoyens aident à les retrouver : en Italie, l'application BeeWild a déjà permis de repérer environ 1 300 colonies sauvages, et en Suisse, depuis 2012, environ 180 bénévoles ont documenté plus de 400 sites de nidification sauvages.

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